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Ces mots

Il y a des mots introuvables, ceux que tous les dictionnaires du monde entier n'ont pas su inventer, ceux qui parlent de l'impensable, de l'inexplicable, de l'irrémédiable : ce sont ces mots que j'aimerais pouvoir me dire pour comprendre cette injustice de la vie.


Il y a des mots qui n'existent pas, ceux qui consolent, qui redonnent le sourire, qui allègent le chagrin : ce sont ces mots que j'aimerais pouvoir leur dire pour apaiser leur peine.


Il y a des mots qu'on ne peut entendre, ceux qu'on refuse de croire, qui sont irréels, incongrus, brutaux : ce sont ces mots qui nous ont glacé par leur réalité.


Il y a ce mot que je refuse, qui reste bloqué dans ma gorge, qui semble trop peu, trop simple, trop superficiel quand la béance dans nos coeurs est si immense : adieu.

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Nostalgie, nostalgie

Quel tourbillon ces deux dernières années ! Il y a deux ans, on venait de se marier et on était en plein essai bébé. Il y a un an, on ne réalisait pas encore qu'on était devenu parents, on s'extasiait devant notre minuscule bichette, on cherchait à prendre nos marques et je subissais mon post-partum. Et aujourd'hui, on a notre grande fille de 1an qui illumine chaque journée, on a pris notre rythme à 3, on profite, on est heureux. Je me souviens encore des premiers temps où on se disait "tu te rends compte, il y a un bébé dans la chambre d'à côté !". Et parfois, je me le dis encore... même si le bébé grandit à vue d'oeil ! Les un an de mademoiselle bichette m'ont plongé dans une grande nostalgie... bon ça faisait déjà quelques semaines que ça travaillait mais alors là, la voir devant son gâteau d'anniversaire, ça met quand même une claque.

 

Donc, nostalgique je suis ! Et voilà que je m'extasie devant tous les nourrissons de la planète (et il suffit d'aller sur les réseaux sociaux pour avoir sa dose !), que je m'écoute des podcasts sur la maternité pendant mon temps libre, que je me regarde les photos et vidéos de ma bichette tout bébé, et que le désir de revivre cette merveilleuse expérience se fait de plus en plus fort. Moi qui étais quand même hyper terre à terre et qui me disais "mais elles sont cinglées celles qui font volontairement les bébés les uns derrière les autres !", me voilà à deux doigts de faire partie des cinglées car, si on m'apprenait demain, qu'un petit bébé est en construction dans mon bidon, bah je serai carrément ravie ! Voilà, force est de constater que j'ai perdu tout sens commun.

Je n'osais pas trop en parler et puis, un soir, j'ai pris mon courage à deux mains et j'ai dit à Monsieur l'Amoureux "je voudrais bien un autre bébé". Il fallait que j'en ai le coeur net, que je sois sûre qu'il n'avait pas la même idée que moi qui lui trottais en tête. Il ne m'a pas traité de cinglée, mais il m'a dit "ah non non non... tu vois pas la journée qu'on vient de passer ?". Il est vrai que j'avais mal choisi mon jour, car Bichette n'avait quasiment pas dormi et nous avait complètement épuisés ! Quoique, inconsciemment, j'avais peut-être tout à fait choisi mon jour pour être sûre qu'il dise non. La discussion s'est vite terminée par un "t'as quand même de drôle d'idées". Voilà, c'était clair : pas de bébé 2 pour l'instant. Déçue ? Soulagée ? Triste ? Rassurée ? Un peu tout ça à la fois. Fixée en tout cas.

 

Du coup, j'ai pris du recul et j'ai tenté de comprendre, d'où me venait cette envie soudaine d'un autre bébé. Bichette me comble de joie, il n'y a vraiment pas besoin d'un autre bébé pour ça. Alors oui, un bébé n°2, ce serait deux fois plus de bonheur, mais ce serait aussi risquer de faire basculer l'équilibre familial qu'on a trouvé, et puis ça voudrait dire moins de temps, moins d'énergie pour Bichette. Elle est encore si petite, elle a besoin de ce temps privilégié. Bref, quand je redeviens raisonnable, je sais bien qu'avoir deux enfants de moins de 2ans, c'est pas la meilleure des idées, ni pour les bébés en questions, ni pour notre couple, ni pour chacun de nous individuellement. Non, clairement, ce n'est pas le moment. Mais alors pourquoi ça trotte dans ma tête ? J'ai décortiqué le truc, l'ai retourné dans tous les sens et j'ai compris que je ne voulais pas vraiment un deuxième bébé maintenant.

Par contre, ce que je voudrais maintenant c'est :

- une nouvelle grossesse pour revivre cette période d'euphorie, ce bain hormonal, ces moments à rêver le petit être humain à venir. Une nouvelle grossesse aussi pour retrouver ce corps que j'ai tellement aimé, ce gros bidon plein de vie. Alors que mon corps d'après grossesse, je ne m'y fais pas le moins du monde : HORRIBLE est le bon terme !

- une grossesse partagée avec mes proches, c'est à dire une grossesse sans confinement, sans restrictions. Une grossesse où le papa pourrait être présent aux échographies. Bref, la grossesse dont on avait rêvé pour Bichette et qui nous a été volée.

- un nouvel accouchement tel que je l'ai rêvé, c'est à dire un accouchement physiologique et bien accompagné. Plus les mois passent, plus je me rends compte que je n'ai pas du tout digéré mon accouchement et en plus, j'ai même pas le droit de m'en plaindre, parce qu'en vrai tout s'est très bien passé ! Aucune complication, aucun traumatisme... D'un regard extérieur, j'ai eu un accouchement de rêve. Mais moi, j'en suis déçue, je regrette de ne pas être allée au bout de mon projet, de ne pas avoir été accompagnée comme je le souhaitais (comme je l'avais notifié dans mon projet de naissance). Je me refais le film et je me dis qu'il n'aurait fallu qu'un mot d'encouragement, qu'un petit coup de pouce pour dépasser le quart d'heure où j'ai paniqué. Et la suite logique, je regrette profondément l'accueil de ma fille encore branchée de partout, à ne pas pouvoir la porter comme je le voulais,à ne pas pouvoir la mettre au sein comme je le voulais. Son accueil a été subi et non pas magique comme je l'avais espéré. D'ailleurs, plus j'y pense, plus je voudrais un accouchement à domicile pour le prochain. Mais quand je dis ça à mon mari, c'est un NON catégorique, évidemment !

- une nouvelle expérience de l'allaitement et des premières semaines avec bébé. Là aussi, il y a beaucoup de regrets pour moi et tellement de colère envers la pédiatre qui m'a fait arrêter l'allaitement. Je suis tombée sur une personne qui n'y connait rien, qui gère cela à l'ancienne et qui n'a pas su m'accompagner. Les 6 semaines d'allaitement de ma bichette ont été compliquées, mais comme le sont les premières semaines d'un allaitement normal. J'ai adoré allaité, j'ai adoré l'avoir lovée contre moi, j'ai adoré les petits tête à tête nocturnes de la tétée... et ça reste un profond regret de ne pas avoir pu le faire plus longuement.

 

Vous l'aurez compris, j'en suis venue à la conclusion que mon nouveau désir de maternité était en fait un désir de réparation. On dit souvent qu'il y a le bébé rêvé et le vrai bébé, et que les mères ont un travail de deuil à faire concernant leur bébé rêvé. Moi mon vrai bébé était carrément à la hauteur, voire même plus merveilleux que mon bébé rêvé. Bichette est parfaite et on se le dit quasiment chaque jour avec Monsieur l'Amoureux. Par contre, il y avait ma maternité rêvée et il y a eu ma vraie maternité avec une grossesse confinée, un accouchement sous péri et un échec de l'allaitement. Il est là mon travail de deuil. Ce qui est sûr, c'est que ce n'est pas le rôle de mon deuxième enfant de réparer cela. Alors au travail pour avancer ! Ce texte est peut-être le début de l'acceptation.

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Lettre 12

Ma toute petite bichette, 

Je ne peux écrire cette phrase sans avoir les larmes aux yeux : ça y est, tu as un an ! 

Comment te parler de cette première année ? Quels sont les bons mots pour exprimer mes ressentis ? Ils ne sauront être à la hauteur mais je vais essayer...

Avant toi, j'étais heureuse mais j'ignorais qu'il existait un niveau supérieur encore au bonheur. 

Avant toi, j'étais fière de mon travail, de mon couple, de mes choix, mais j'ignorais que la fierté serait quotidienne en t'observant grandir.

Avant toi, j'aimais rire, mais j'ignorais qu'un si petit être pourrait me provoquer de tels fous rire.

Avant toi, j'aimais chanter, mais j'ignorais la force des vibrations des chansons que je murmurerai pour t'endormir. 

Avant toi, j'aimais la musique, mais j'ignorais alors que le son le plus merveilleux à mes oreilles serait ton rire d'enfant.

Avant toi, j'aimais les câlins, mais j'ignorais le sentiment de plénitude de ta petite tête posée dans le creux de mon cou.

Avant toi, j'aimais la vie, mais j'ignorais quelle vitalité tu apporterais à notre foyer.

Avant toi, j'admirais et me délectais des belles choses, mais j'ignorais que le plus beau spectacle au monde serait d'assister à ta vie quotidienne.

Avant toi, j'aimais découvrir de nouvelles choses, mais j'ignorais que tout aurait à nouveau un goût d'inconnu à travers tes yeux et que te voir découvrir serait si merveilleux.

Avant toi, je me croyais vivante, mais j'ignorais qu'il me manquait ce quelque chose qui rendrait chaque seconde de ma vie plus forte et plus sensée.

Avant toi, je savais que les enfants étaient merveilleux, mais j'ignorais que toi tu serais absolument, totalement, résolument parfaite. 

Avant toi j'étais la même, mais finalement si différente.

 

J'aime notre quotidien depuis une année, j'aime celle que je suis devenue en étant mère, mais surtout, plus que tout, je t'aime !

 

J'ai hâte de passer à tes côtés les délicieux moments qui font une vie, de te tenir la main sur les chemins que tu choisiras, d'observer ton caractère et ta personnalité évoluer, de te voir grandir, apprendre, aimer, découvrir, savourer, rire, chanter, danser, courir,...vivre tout simplement. J'ai hâte surtout que ça aille doucement ! C'est parti pour ta 2ème année !

 

Je t'aime,

Maman.

 

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5ans

Il y eut le temps de l'insouciance,

Celui des jeux de séduction, de découverte, parfois même des jeux d'enfance.

 

Il y eut le temps tempétueux,

celui des deuils, des séparations, où il est si important d'être amoureux.

 

Il y eut le temps des projets,

celui qui construit un « nous » jusqu'à s'unir à jamais dans une belle journée.

 

Il y eut le temps des bouleversements,

celui où on se pense à trois, en espérant poursuivre sereinement.

 

Il y a ce temps maintenant,

Du bonheur à dévorer, du bonheur à déguster, du bonheur à grignoter, du bonheur tout simplement.

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La chanson qui sent pas bon

C'est un moment important : pour la première fois de ma vie, je partage avec le monde une chanson de mon cru. Ceux qui l'ignorent encore découvriront que je suis une parolière de génie (oui, oui). Après avoir écrit de nombreuses reprises de chansons à l'occasion de fêtes diverses et variées, mon talent s'est révélé à la naissance de bichette. De la chanson pour enfant en veux-tu en voilà ! De la mama Hippo qui twerke, à Mademoiselle Girafe qui fait des bisous gluants en passant par Madame Pieuvre qui danse la salsa, il n'y a pas un doudou qui n'a pas sa chanson chez nous. Mais, il me manquait encore cette chanson populaire qui fait un hit, que dis-je, un tube international. Et c'est alors que j'ai pensé à ce moment terrible que vivent les jeunes parents et qui n'a pourtant pas inspiré beaucoup d'auteurs de chanson pour enfant : le changement de couche... Alors Mesdames, Messieurs, j'ai enregistré rien que pour vous "la chanson qui sent pas bon" ! Et je vous la livre en exclusivité ici. (à lire et à écouter avec humour, comme d'habitude : of course !)

 

C'est le chanson du gros caca

Qui déborde d'ici, de là.

C'est la chanson du p'tit pipi

Tout mini, tout riquiqui.

C'est la chanson du gros prout

Qui sent fort la choucroute.

C'est la chanson, c'est la chanson ;

C'est la chanson qui sent pas bon, ron ron !

 

C'est la chanson du changement de couche,

Respirez bien par la bouche !

C'est la chanson de la découverte,

Selles oranges, brunâtres ou vertes.

C'est la chanson rigolote,

pipi en l'air, mains dans nos crottes.

C'est la chanson, c'est la chanson,

C'est la chanson qui sent pas bon, ron ron !

 

C'est la chanson des agités,

Acrobates de la table à langer.

C'est la chanson de la patience,

Papa, maman courage ! Bonne chance !

C'est la chanson qui passe le temps

Pendant que les fesses en l'air, j'attends

Mais surtout... c'est la chanson,

C'est la chanson qui sent pas bon, ron ron !

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Bébé et vacances

Parlons de choses plaisantes : les vacances ! Fermez les yeux et imaginez le soleil, le bronzage sur la plage, les restos, les départs matinaux et les retours tardifs après une journée bien remplie, ou alors les grasses matinées et les après-midi piscine-mojito, les visites qui en mettent plein les yeux.... ça vend du rêve, hein ? Maintenant ajoutez un bébé dans l'équation... mais non, ne pleurez pas, ce n'est pas si terrible que ça ! Quoique... bref, parlons de choses plaisantes et fatigantes : les vacances avec bébé. 

Moi j'aime bien l'idée que tout est possible avec un bébé et qu'il faut continuer à vivre, et donc à partir en vacances. Bon tout de même, avouons que si on peut faire théoriquement les mêmes choses, en pratique c'est quand même un peu une autre histoire ! 

 

Les préparatifs : avant on partait à la cool, potentiellement même en dernière minutes. On préparait les affaires tranquillou et on pouvait embarquer des trucs pas forcément utiles mais juste "au cas où". Mais ça, c'était avant. Aujourd'hui, le casse-tête commence dès le choix de l'hébergement : 2 chambres, une avec assez de place pour le lit bébé, des volets qui ferment, un environnement calme et accessoirement une salle de bain pratique pour baigner bébé, et le tout à prix raisonnable. Le jour du départ, c'est un peu le marathon et il vaut mieux avoir une check-list bien ficelée histoire de ne pas oublier LE truc qui gâcherait les vacances.... genre le doudou, la chaise haute, le lit parapluie ou le porte-bébé. Une fois la check-list de 2 pages recto-verso faite, il faut réussir à empaqueter les affaires et les caser dans la voiture sans marcher sur le bébé qui se mettra invariablement dans vos pattes et finira par hurler au milieu du couloir devant vos aller-retours incessants. Comme bébé prend un peu beaucoup de place, vous les adultes, devrez vous contenter du nécessaire de survie : culotte, brosse à dents, tenue de rechange (et maillot de bain quand même !). Une fois la partie de tétris-voiture terminée, il n'y a plus qu'à décoller pour... quelques heures de voitures en toute sérénité (blague).

 

Le grand moment du trajet. Avant l'arrivée de votre bébé, c'était un moment entre excitation du départ et un peu d'ennui de ce long trajet. S'il y a une chose que je peux vous promettre, c'est qu'avec un bébé, jamais plus vos trajets ne seront ennuyeux.... par contre loooong, ah ça oui ! Plus long que jamais d'ailleurs. Car après la sieste étonnement courte du chérubin, il ne va pas faire preuve d'une grande patience ce petit ange. Avouons qu'être attaché dans une voiture, face au siège, c'est pas l'éclate. Et vous avez beau avoir prévu des supers jouets pour l'occuper, en 2 minutes 30, il les a tous balancé par terre dans le seul coin de la voiture que vous ne pouvez pas atteindre, et le revoilà qui hurle. En désespoir de cause, vous coupez la radio pour chanter des comptines pour enfants. Je vous assure qu'au bout d'une demi-heure de comptines, vous vous ferez la réflexion que peut-être les cris c'était pas si mal finalement. Et puis bon, rien y fait, vous avez beau avoir la voix de Céline Dion, bébé ne cesse de pleurer. Jusqu'à ce que, oh miracle, vous constatiez qu'en lui caressant la tête, bébé s'apaise. La voilà la solution ! Sauf que la solution fonctionne sur un trajet de 10 minutes, mais je vous mets au défi de garder le bras retourner plusieurs heures et de pouvoir encore profiter des vacances à l'arrivée ! D'un seul coup, une illumination, que dis-je un véritable coup de génie : et si bébé avait la couche sale ? Arrêt sur une aire d'autoroute, sniffage de derrière : eurêka ! La couche est bien souillée. Le problème a donc une solution. Tant qu'à faire, vous faites une vraie pause et intimez à votre bébé de crapahuter, ramper, quatre patter tant qu'il veut, avant de reprendre la route. Le dit-bébé, au lieu de profiter de la pause, reste assis sur son derrière, sans bouger, en pleine observation de ce lieu étrange qu'est une aire d'autoroute. Vous ne l'avez jamais vu aussi calme de sa petite vie ! Au bout d'une demi-heure, il daigne commencer à découvrir le lieu mais c'est évidemment le moment où il faut repartir (parce qu'on n'a pas non plus 3 jours pour faire le trajet, accessoirement). Vous voilà donc repartis et au bout d'un petit quart d'heure, c'est aussi reparti pour les pleurs ! Alors bon, finalement, vous capitulez, vous vous arrêtez à nouveau, vous déménagez les valises du siège arrière au siège avant et vous vous installez à côté de bébé. Vous passez le reste du trajet à chanter, jouer et à faire des cris d'animaux : c'est le prix de la tranquillité. 

Les parents les plus chanceux peuvent avoir un bébé avec l'option "malade en voiture" pour encore plus de péripéties et toujours moins d'ennui !

 

Enfin en vacances ! Eh oui ça y est vous y êtes ! Le logement est nickel, il fait beau, il n'y a plus qu'à profiter. Enfin profiter.... entre 2 siestes, les biberons et les nécessaires moments de jeux de bébé. Ah oui les programmes de vacances ultra chargés de 8h à 18h, on oublie ! La grasse mat' aussi on oublie d'ailleurs. Dormir tout court, on peut oublier. Bah oui, votre amour de bébé n'aime pas le changement et cette nouvelle chambre avec ces nouvelles odeurs (et pour peu qu'il fasse 40°C), très peu pour lui. Alors la nuit, bébé pleure... beaucoup.... et vous vous êtes à deux doigts de dire "on se casse, on rentre chez nous !" Et vous le feriez si le trajet retour ne s'annonçait pas aussi terrible que celui de l'aller. Allez pas d'inquiétude, c'est l'histoire de quelques nuits en théorie (sauf si il fait trop chaud, trop froid, si bébé fait ses dents ou si il est dans une phase de régression du sommeil pile poil pendant votre semaine de vacances tant attendue). Bon, parlons des journées, c'est plus sympa. Déjà on évite de sortir lors des grosses chaleurs et on essaie de respecter les siestes un minimum, ça vous laisse donc une plage horaire de 7h à 9h30 et une autre de 17h à 19h. A partir de là, vous êtes libres comme l'air ! Non, blague à part, il y a moyen de trouver des astuces, type sieste dans la voiture : vous notez que j'arrête de faire ma rabat-joie 2 minutes. 

 

Les 2 minutes étant passées, laissez-moi vous parler de la sortie piscine qui est forcément une bonne idée puisque ça rafraîchit. Vous vous souvenez vos moments à la piscine avant bébé ? Alors dites-vous qu'avec bébé ça sera complètement à l'opposé. La détente ? L'amusement ? Le bronzage ? La légèreté du moment ? On oublie. Imaginez-vous en train de vous refiler bébé dans les bras de l'un à l'autre pendant que chacun se déshabille, alors que bébé gesticule, impatient de découvrir la piscine (il est passé où le bébé immobile de l'aire d'autoroute ???). Imaginez-vous batailler à l'installer dans sa bouée-super-génialissime pendant 10 minutes. Imaginez-vous en train d'engueuler les gamins autour de vous qui balancent des ballons quasi dans la tête de votre progéniture et qui sont aussi calmes que des mammouth enragés. Imaginez-vous au bout de 10 minutes de baignade, ne pouvant plus ignorer que votre bébé vire couleur schtroumpf, et sortir de l'eau en pensant "tout ça pour ça". Imaginez vous, vous essuyer et vous rhabiller à la va-vite avec bébé grelottant à 2 doigts de la transformation glaçon. Voilà, vous y êtes : c'est ça une sortie piscine avec bébé ! Temps d'organisation de la sortie : 30 minutes, temps autour de la piscine (pas à bronzer,  on est bien d'accord) : 30 minutes, temps dans l'eau : 10 minutes. On est loin de l'amusement qu'on s'était figuré. Allez, en prime, une bronchite pour bébé et un petit tour chez le médecin dès le lendemain : "Ça fera 30 euros Madame".

 

Après 3 jours à n'oser sortir que dans le camping au vu de la débâcle lors de l'expérience piscine, vous décidez de prendre votre courage à deux mains et de faire une vraie sortie. Vous êtes préparés à toute éventualité, départ programmé après la sieste du bébé. Comme votre bébé est du genre farceur, ce petit coquin décide de faire une sieste à rallonge pendant que vous poireautez en l'attente du grand départ. Finalement, vous décalez le départ à après le goûter. Merde, voilà pas qu'il se met à pleuvoir. Tant pis ! Vous partez coûte que coûte ! En voiture force est de constater que votre bébé dégage une douce odeur du genre musquée. Eh oui, c'est le moment du caca débordant ! Là, au milieu de nulle part, vous changez votre bébé de la tête au pied dans le coffre de la voiture et sous la pluie ! Allez je vous fais une belle fin : vous allez faire votre visite, le soleil est revenu et bébé n'a pas pleuré ! (J'oublierais presque de vous parler des pleurs de décharge auxquels vous ne couperez pas le soir venu, suite à une journée si remplie... non, allez je me tais !). 

 

Le restaurant. Parce que le jeune parent en vacances est un être qui ne perd jamais espoir, vous tentez une sortie au restaurant "comme avant" (mais avec un bébé en prime). Tout se passe merveilleusement bien. Votre progéniture dans sa chaise haute est tout sourire, vous avez passé la commande, ça s'annonce bon ! Les plats arrivent et c'est à peu près à ce moment-là que bébé se transforme en démon, en tigre, en dragon, en lion... bref, en ce que vous voulez qui s'agite, est incontrôlable et crie très fort. Vous tentez bien de lui sortir des jouets et de lui faire des grimaces, mais son idée à lui, c'est de visiter le restaurant ! En désespoir de cause, vous le déposez par terre et le voyez ramper en tout sens entre les jambes des serveuses qui ne vous font pas que des regards sympathiques ! Somme toute, la gêne, voire la honte, d'embêter clients et professionnels du resto avec votre bébé, n'enlève rien à la beauté du moment : vous mangez au restaurant ! Et le reste, on s'en fout ! Bon, par politesse, il faudra sûrement renoncer au dessert quand même...

 

La semaine de vacances touche à sa fin. Vous rentrez chez vous avec autant de valises sous les yeux que dans le coffre. Vous vous faites déjà une joie de déposer dès lundi votre bambin chez la nounou pour aller vous reposer au travail. Mais surtout, vous êtes comblés de ces premières vacances à 3, pas toujours drôles certes, mais qui laisseront des souvenirs impérissables pour toute votre vie et qui vous ont permis de passer tout votre temps avec votre bébé, ce qui n'arrive pas si souvent que ça dans la vie. Alors on sourit, et on programme les prochaines vacances !

 

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Lettre 11

Ma petite chérie,

Chose promise, chose due. Aujourd'hui, je vais donc te parler des lignées masculines. C'est une lettre bien plus difficile à écrire, sûrement à cause du grand mystère que sont les hommes pour nous les femmes (et inversement !). Là encore, je me contenterai de la partie que je connais et pour le reste, ce sera à ton père de te raconter.

 

Je vais commencer par les hautes branches : tes arrières-grands-pères maternels, mes grands-pères.

Mon grand-père maternel est décédé accidentellement quand ta mamie était toute petite, alors les récits le concernant sont rares. Moi, j'ai juste en tête cette photo qui a toujours trôné sur le buffet chez ma grand-mère, d'un monsieur tout sourire. Il a laissé un grand vide dans la vie de ton arrière-grand-mère et de ta mamie. Je pense que ce vide laissé a joué sur la façon dont mamie a été maman avec moi, sûrement aussi dans son choix amoureux pour papi. Moi j'ai été habitée toute mon enfance par cette angoisse profonde de perdre subitement mes parents, de me retrouver seule, orpheline, et je ne peux pas croire que cela soit sans lien avec ce traumatisme dans la génération précédente. Ma plus grosse crainte en devenant maman c'était que tu vives avec cette profonde angoisse de perte toi aussi, de te la transmettre inconsciemment. Je ne veux surtout pas que tu sois hantée par la peur de nous perdre. C'est sûrement pour ça que j'ai voulu que tu dormes dans ta chambre dès le retour de la maternité, pour éviter qu'on ne soit trop collée, que je te transmette toutes mes peurs et que tu ne saches exister sans moi. Je sais, c'est bête ! Evidemment que le petit être que tu es ne sait pas exister sans moi. Mais, je craignais que tu ne saches grandir en dehors de moi. Et maintenant, j'ai peur d'avoir trop fait l'inverse, de t'avoir transmis le message : débrouille-toi par toi-même ! J'observe ton indépendance du haut de tes 10 mois et je me demande si j'ai bien fait ! Je suis partagée. Car je te sens sécurisée, à explorer le monde tout en vérifiant d'un œil que tes parents sont bien dans ton champ de vision et en même temps, j'aimerais parfois te garder tout près de moi, dépendante. Quelle lutte intérieure je vis parfois ! Je me dis aussi que tu as ton caractère, que tu es unique et que tu ne vivras pas l'histoire familiale comme je l'ai vécu, mais à ta façon particulière, peu importe ce que j'essaie de t'en transmettre. Et puis, je ne maitriserai pas tout et te transmettrai sûrement beaucoup malgré moi.

 

Ensuite, il y a mon grand-père paternel. Je ne sais pas comment te parler de lui correctement. C'était en même temps un grand-père aimant, toujours heureux de voir ses petits-enfants. Quand on arrivait (il faut dire qu'on habitait pas loin), il disait toujours à ma grand-mère "il n'y a pas un petit quelque chose pour les petites ?" : et il y avait toujours effectivement un gâteau, un bonbon, une bille...! J'ai des souvenirs de réunions familiales, de chocolats de pâques cachés dans le jardin et d'apéros tardifs dans la petite cuisine. J'ai aussi ce souvenir d'un été, bien plus grande, où je m'assurais chaque soir qu'il allait bien et où il m'a tant confié. Mais c'était aussi un homme au caractère bien trempé, qui pouvait exploser de colère et se montrer déraisonnable. Il était très fier et attendait une réussite de la part de ses enfants et petits-enfants. Il n'aurait pas fallu le décevoir ! Il n'acceptait pas la faiblesse : ni chez lui, ni chez les autres. Je ne peux pas croire que le regard de mon grand-père n'a pas traversé mon père, et joué sur la pression que je me suis mise et que je me mettrais toujours pour être excellente, ne pas décevoir, ne pas montrer que je peux me tromper. Là aussi, j'espère ne pas te transmettre cette pression inconsciente et que tu pourras être celle que tu désires, libre du regard que les autres porteront sur ce que tu réalises.

 

J'en viens naturellement à ton papi : mon père. Petite, j'étais très fâchée après lui et je l'ai été pendant longtemps. Il était trop absent pour moi et trop présent pour les autres.  En devenant adulte, j'ai compris qu'il avait des projets plein la tête, qu'il avait besoin d'être en action permanente et que c'était ainsi qu'il s'épanouissait et donnait pour sa famille indirectement. Petite, j'ai souvent pensé qu'il ne m'aimait pas, que je devais faire plus pour lui montrer que je valais la peine qu'il passe du temps avec moi. Finalement du temps passé ensemble il y en avait peu, mais j'ai souvenir de moments de joie et de partage. Aujourd'hui la qualité de ces moments priment sur leurs quantités, mais enfant c'était différent. C'est une absence dont j'ai souffert et beaucoup culpabilisé. 

Parfois quand je travaille tard ou que je dois te laisser un peu plus chez la nounou, je m'en veux profondément de ne pas être là pour toi.  Il faut bien travailler certes, mais... un jour tu pourrais me reprocher de passer trop de temps à soigner d'autres enfants au lieu de prendre soin de toi. Alors nos moments ensembles doivent être de beaux moments. J'aime jouer avec toi, te faire rire... et souvent encore, je trouve cela insuffisant. Je cherche l'équilibre : qu'il est dur à trouver ! Ton papa dit souvent que je t'excite trop... c'est pas faux ! Moi j'aime t'entendre rire et j'aime être ramenée en enfance avec toi, faire la fofolle ! Là, je reconnais mon père : son besoin de nous faire rire, de faire des blagues, de se détendre à l'extrême quand il est en famille pour décompresser du sérieux du reste de son temps.

 

J'en arrive naturellement à ton père. Je t'ai déjà beaucoup écrit sur lui et tu auras largement le temps de le découvrir sous toutes ses facettes. Je vais plutôt te parler de mon choix amoureux alors. Quand j'imaginais ma vie d'adulte, je me disais que je voulais un mari présent et des enfants. Au départ, mon choix pour ton père était donc un peu "à côté de la plaque" puisqu'avec son travail, il était très souvent parti. Je me souviens même qu'il m'ait posé la question au tout début de notre relation et que je lui avais répondu que ça ne me posait pas le moindre problème qu'il soit absent plusieurs mois dans l'année. Qu'est-ce qu'on peut se mentir à soi-même ! Evidemment que ça ne me convenait pas. Alors j'étais heureuse qu'il fasse le choix de se reconvertir pour être présent au quotidien. Aujourd'hui, je trouve que j'ai choisi un merveilleux père pour toi : il est présent. Bon, il manque parfois un peu d'humour, mais à nous 2, on réussit à le dérider (sauf quand j'ai trop joué avec toi le soir et que tu refuses obstinément de dormir... là, il ne se déride pas du tout !!!).

 

Ma chérie, ces deux lettres sont un tout petit bout de l'histoire. Je ne vois sûrement que la partie émergée de l'iceberg. Et finalement, ce que je vais te transmettre malgré moi, ceux ne sont pas tant ces choses dont je suis très consciente, que toutes les autres qui m'habitent et que je transmettrai sans même m'en apercevoir. Il y aura du bon et probablement du moins bon. Alors ces lettres seront là pour te rappeler qu'à chaque génération on fait au mieux pour transmettre le meilleur à ses enfants mais qu'on ne maitrise pas tout et que c'est ça, aussi, qui fait la richesse de la vie et de nos liens.

 

Je t'aime,

Maman.

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Pour une enfance heureuse de Catherine Gueguen

1er livre du challenge famille : un documentaire. Autant dire que ce n'est pas encore cette année que je terminerai le challenge, surtout que j'ai des livres à lire qui ne correspondent à aucune consigne. Il faut s'y résoudre : je ne suis pas une aussi grande lectrice que le reste de la famille ! Bon, allez, je vous parle de ce fameux livre documentaire : "Pour une enfance heureuse".

 

4ème de couverture : "Les dernières découvertes scientifiques sur le développement et le fonctionnement du cerveau bouleversent notre compréhension des besoins de l'enfant. Elles démontrent qu'une relation empathique est décisive pour permettre au cerveau des enfants et des adolescents d'évoluer au mieux, en déployant pleinement ses capacités intellectuelles et affectives. Catherine Gueguen nous fait partager ces découvertes et propose des conseils éducatifs pour les parents et les professionnels. Un véritable plaidoyer en faveur d'une éducation bienveillante qui remet en cause nombre d'idées reçues."

 

Mon avis : Je suis partagée. En même temps ce livre est une mine d'informations et c'est très accessible malgré qu'on parle de structures cérébrales, de neurones et tout et tout. On y apprend beaucoup de choses et C. Gueguen fait très bien le lien entre évolution du cerveau et (in)capacité de l'enfant à gérer ses émotions et ses relations, mais aussi conséquences des maltraitances et violences éducatives ordinaires. Bref, je valide ! MAIS... car il y a un mais. Je m'y suis parfois un peu perdue car je trouvais que les choses se répétaient un peu et que finalement prendre les aires cérébrales une par une n'apportait pas grand chose, car le message de fond restait le même. j'imagine que l'idée était de faire un truc très renseigné et avec beaucoup de connaissances scientifiques pour appuyer le propos, mais je trouve que du coup on y perd un peu le propos. Quoiqu'il en soit, ce livre est très intéressant et je trouve cela merveilleux que les neurosciences mettent en lumière ce que la psycho savait instinctivement depuis un bout de temps. Ce n'est donc pas que des trucs de psy perchés ! Ce livre résonne pour moi particulièrement à une période où dans la profession, les instances gouvernementales cherchent à préconiser uniquement l'aspect neuro et mettent en conflit la neuro et les autres pratiques de la psychologie (en particulier la psychologie dynamique)... une grave erreur à mon avis. Croire que l'enfant n'est qu'un cerveau à reconstruire et rééduquer, et occulter l'importance de la parentalité, des relations, des mouvements intra-psychiques, de la part psycho-affective de nombreux troubles, c'est aller droit dans le mur. Pourvu qu'on s'en rende compte prochainement... mais ce sera déjà trop tard pour nombre d'enfants qui paie déjà le poids des politiques actuelles...

Donc, même si je suis mitigée sur l'organisation du livre, le message délivré qui fait particulièrement bien le lien entre évolution du cerveau et environnement, relations aux adultes...etc me semble absolument primordial.

 

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Lettre 10

Ma petite bichette, 

Après des semaines à faire la toupie et à te déplacer en marche arrière, te voilà partie en rampant ! Je n'ai pas les mots pour décrire la force de ma fierté quand je te vois évoluer. Bientôt tu feras du 4 pattes, puis tu te lèveras et tu marcheras ! Quelle extraordinaire aventure ! Peut-être alors, avant que tu ne te mettes à courir, est-ce important que nous revenions ensemble sur les pas de notre famille. Tant que, encore dans mes bras, je te porte, laisse-moi te porter vers tes ancêtres. Je ne te parlerai pas de la famille de ton papa car, même s'il s'agit bien de ton histoire aussi, ce n'est pas la mienne et je n'aurais pas les mots pour te la transmettre. Ce sera à papa, un jour, de te la raconter. Mais je peux te parler de ta branche maternelle, celle qui fait la moitié de ton arbre généalogique. T'ai-je dit qu'un an avant d'être enceinte de toi je me suis formée au génogramme ? C'est un arbre généalogique utilisé pour travailler sur l'histoire familiale. Le formateur nous a dit que personne ne choisissait cette formation au hasard. Etais-je là pour toi ? Pour penser mieux les branches dont tu hériterais à travers moi ? Sûrement. Même si, à ce moment-là je n'en avais pas conscience et je m'étais dit "bah moi je suis là pour le travail !".

 

Aujourd'hui, je veux remonter avec toi les lignées féminines. Nous parlerons des (arrières-(grands-))pères une autre fois. Je vais commencer par ce que je sais de certitude pour l'avoir vécu. Je suis née à l'orée du printemps au début des années 90. J'étais la 3ème, la petite dernière de la fratrie. Mes parents étaient donc des parents aguerris qui savaient très bien où ils mettaient les pieds avec le nouveau bébé que j'étais. Et puis, une troisième fille alors c'était vraiment sans surprise ! Pourtant ma naissance est venue bouleversée l'ordre familiale. Ma mère, selon les droits possibles à l'époque, a décidé de prendre sa retraite à ma naissance pour s'occuper de mes soeurs et moi. Elle cessait donc toute activité professionnelle pour se consacrer à 100% à ses enfants. Je ne connaitrais donc pas les levés matinaux car papa et maman partent au travail, ni les nounous et autres garderies. Ma première expérience en dehors du cocon familial, ce sera l'école. Un autre événement qui a marqué le lien à mes parents, ce sont les responsabilités supplémentaires que mon père a endossé à partir de mes 6ans et qui l'ont rendu moins disponible, plus absent. J'étais donc une fille à maman avec tout ce que cela a de positif et de négatif ! Je crois que cette histoire m'a rendue moins autonome, plus méfiante de ce monde extérieur que j'avais peu expérimenté. Ca m'a aussi donné une certitude absolue : la famille avant tout ! Je voulais être mère comme ma mère et j'avais la certitude dès ma plus tendre enfant que c'était là le plus beau métier du monde. Ma mère peut avoir cette fierté de nous avoir prouvé à mes sœurs et moi, qu'être maman c'est bien et c'est épanouissant. J'ai aussi intégré que c'était un boulot à plein temps qui demandait une grande abnégation. Sauf que, je suis devenue mère en 2020, à distance des années 90, et que les mamans d'aujourd'hui ne partent plus à la retraite dans leur trentaine. Alors, il m'a fallu renoncer à cette image d'Epinal : moi, entourée de mes enfants, à les élever au quotidien, à leur apporter amour et sécurité chaque seconde de chaque jour. En même temps, parce que je suis consciente de mes difficultés face à l'inconnu, je suis heureuse de t'offrir du temps en dehors de la maison. Mais... il y a cette petite voix qui me dit : fais-tu tout pour ta fille ?  Est-ce suffisant ? Ne pourrais-tu être plus présente ?  Plus à la hauteur ? A la hauteur... de qui ? de quoi ? de ma mère ? de mes parents ? de mes grands-parents ?

 

Ma mère a donc fait le job à 100% et moi, à ma place de petite dernière je culpabilisais de la laisser une fois devenue grande. Elle avait laissé de côté sa vie professionnelle avec ma venue et voilà que je la laissais pour vivre ma vie de grande. Et elle, qu'allait-elle faire sans ses enfants à élever ? Comment allait-elle se réinventer ? Et d'ailleurs, pourquoi a-t-elle fait ce choix ? Je ne parle pas de la logique financière et organisationnelle qui a été celle de mes parents dans les années 90, mais des raisons inconscientes qui font qu'elle a accepté d'être maman à temps plein, là où la vie aurait sûrement pu lui réserver d'autres belles surprises.

 

Passons à la génération suivante. Mes grands-mères, tes arrières-grand-mères maternelles sont des femmes exceptionnelles et exceptionnellement dévouées à leur famille. C'est ainsi que je me les suis toujours représentées. Ma grand-mère maternelle s'est retrouvée veuve alors qu'elle était enceinte de son 7ème enfant. Elle s'est démenée à élever ses 3 filles et 4 fils tant bien que mal, à une époque où personne n'aurait vu à redire si elle avait fait le choix de les abandonner. Elle a vécu des pertes et des traumatismes. C'est une battante, de celles qui ne se laissent pas abattre par les événements de la vie et ce serait bien gardée de se plaindre. Elle a fait le choix de mettre sa vie de femme entre parenthèse le temps d'élever ses enfants, d'en faire des adultes responsables qui quitteraient la maison. En vieillissant, ses blessures sont ressorties, elle porte souvent un regard triste sur sa vie. Pourtant, elle reste battante et se porte sacrément bien pour ses 91 années, quoiqu'elle en dise. J'imagine que cette histoire familiale a pesé sur la façon dont ta grand-mère a été maman avec moi et mes soeurs, sur le choix de nous consacrer tout son temps, sur la façon dont elle a investi sa maternité.

 

Quant à ma grand-mère paternelle, c'est une femme discrète et dévouée. Peut-être que je me trompe mais j'ai cru comprendre, dans les bribes de discussion que nous avons eu, qu'elle avait des rêves de ville et de vie sociale citadine, auxquels elle a renoncé pour vivre à la campagne, remplir son rôle d'épouse, de mère et de femme au foyer. Je dirais que la vie la rendue petite. Elle avait cette fratrie solaire : ils avaient tous des rides plein les yeux et les commissures des lèvres tellement ils étaient souriants. J'imagine qu'elle a grandi dans une famille où il y avait de l'amour et de la joie. Ma grand-mère avait un grand sens de l'humour mais elle se taisait souvent. Maintenant, sa mémoire s'en va et il sera difficile d'en savoir plus sur qui elle était. Elle a eu 4 enfants, 3 grands et puis un petit dernier. Peut-être pour lutter contre une certaine solitude : ce petit dernier qui resterait quand les grands seraient partis et qui continuerait à animer son quotidien. Ou n'est-ce qu'une répétition familiale car il y a aussi un petit dernier dans la grande fratrie de ma grand-mère lequel a un écart d'âge important avec ses frères et sœurs ? 

 

J'aurais bien du mal à remonter encore les générations. Mais il y a deux femmes dont je veux tout de même te parler. La première c'est mon arrière-grand-mère maternelle : la mère de mon grand-père maternelle. Cette femme est un mystère pour moi. Je crois qu'on m'a déjà raconté plusieurs fois l'histoire mais tout ce que j'en retiens c'est qu'elle a laissé ses enfants à d'autres pour les élever pendant qu'elle est partie vivre sa vie de femme ailleurs. On a beau m'avoir raconté pourquoi , je ne retiens pas. C'est une arrière-grand-mère que je ne comprends pas. Il y a toutes ces femmes dévouées à leurs enfants au sein de notre famille et puis il y a elle, qui n'a pas vu une source d'épanouissement dans la maternité, qui n'y a vu qu'un frein à son existence et a fait le choix de l'abandon. Je n'arrive pas à l'intégrer à notre lignée. Il faut que j'aille voir l'arbre généalogique pour me souvenir de son prénom. C'est l'absente, celle que je juge sûrement trop durement pour n'avoir pas fait son job. Elle était veuve, c'était une autre époque, certes. Mais non, vraiment je ne peux comprendre. L'autre femme, c'est celle qui a élevé mon grand-père : sa tante par alliance. Dans la famille, on en parle comme de la "mère Hélène". Dans mon enfance, je me souviens avoir souvent entendu parler de la mère Hélène et du père Jules. Et c'est bien plus tard que j'ai compris qui ils étaient. Ce sont ceux qui ont donné un avenir à mon grand-père et ainsi à toute notre lignée. Alors avec toi, ma petite Hélène, sûrement la boucle est-elle bouclée ! Ton prénom était un choix du coeur. Il était déjà choisi quand je me suis souvenue de la mère Hélène. Est-ce une façon inconsciente de lui rendre hommage ? De te transmettre à toi cette bonté qu'elle devait posséder pour accepter de recueillir les enfants de sa belle-soeur, de les élever et de les aimer ? Peut-être est-ce ma façon de te dire que je veux m'inscrire dans la lignée des femmes qui donnent le meilleur à leurs enfants, qui les aime inconditionnellement et restent à leur côté quelque soient les épreuves de la vie ; et que je te souhaite, un jour, de t'inscrire toi aussi dans cette belle lignée.

 

Ta maman qui t'aime.

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Lettre 9

Ma petite chérie,

 

J'aimerais t'écrire des choses essentielles, des choses importantes que peut-être on oublie de dire au quotidien. Depuis quelques mois, tu es notre petit soleil dans la maison. Dès que tu nous vois, dès qu'on s'adresse à toi, un sourire resplendissant apparait sur ton visage et illumine les nôtres par la même occasion. Le bonheur que nous ressentons ton papa et moi depuis ta naissance est décuplée. Je ne pensais pas que tu nous apporterais autant. Et c'est de cette joie dont je veux te parler.

Tu verras qu'en grandissant, on perd un peu de cette joie. On continue de ressentir des moments de bonheur, mais on ne sourit plus de toutes ses dents (en l'occurence pour toi à ce jour : 2 !) dès qu'on voit quelqu'un qu'on aime. On n'exprime plus sa joie aussi clairement. Parfois même, on retient nos éclats de rire, nos envie de s'amuser, de jouer, de rigoler... parce que ce n'est pas le moment, parce qu'on a grandi, parce qu'on devient mature. "Mature" sonne presque comme un gros mot quand je te vois. Quelle tristesse d'oublier ce que peut être une vie de rires et d'amusement, pour se cantonner au sérieux et à la vie de grand. Alors, toi, ta venue dans nos vies, ta spontanéité, ta joie communicative, tu nous rends un peu de notre enfance lointaine. A ton contact, on a le sourire facile, on rit à gorge déployée, on joue, on fait des cris d'animaux, on se met à 4 pattes, on fait des bruits de bouche... parfois ton papa dit que je t'excite de trop... c'est sûrement vrai. Mais à ton contact, je retrouve ma joie d'enfant et j'adore cela.

 

Un jour, toi aussi, tu vas grandir, tu voudras être mature, plus sérieuse. Tu auras peur du ridicule, du regard des autres. Et tu abandonneras sûrement, comme je l'ai moi-même fait, une part de cette joie infantile facile et si efficace.

Ce que je veux te dire aujourd'hui, c'est de ne jamais devenir trop sérieuse. Grandir heureux, c'est aussi garder une part d'enfance, une part d'autodérision, d'amusement, de capacité à s'étonner, à rêver, à rire, à régresser.

 

Il y a quelques temps, avec ton père, on a regardé un dessin animé. Le genre de dessin animé plus fait pour les adultes que pour les enfants à vrai dire. Le message c'était que parfois, à force de vouloir atteindre un objectif de vie, de vouloir à tout prix réaliser un rêve, on en oublie les joies simples qui font le quotidien. Là, maintenant, du haut de tes 8 mois, tu as ça : tu n'as pas de grands rêves difficiles à réaliser et qui te plomberaient le moral, tu n'as que l'émerveillement des petits bonheurs et de la découverte. Garde-le, toujours. Cette capacité est un bien précieux que bien trop d'adultes laissent sur le chemin de l'enfance. Je crois qu'ils finissent tristes et aigris. Alors, oui, ma chérie, rêve grand, rêve toujours grand, mais apprécie le petit. Apprécie le soleil qui chauffe ta peau en été et l'odeur de la pluie, le bruit des pas qui crissent dans la neige et le doux son du vent dans les branches. Apprécie les moments avec tes proches, aussi simples soient-ils. Apprécie la bonne nourriture et les loisirs faciles. Apprécie le déroulement d'une journée ordinaire : la joie de se réveiller naturellement, d'ouvrir ses volets et de découvrir le temps dehors, de prendre un bon petit déjeuner, d'écouter de la musique, d'aller de découvertes en découvertes à l'école ou dans la vie professionnelle, de rencontrer les autres, de se détendre avec un bon livre ou un bon film, de partager du temps avec ceux qu'on aime et de se sentir aimé, de retrouver le soir venu la détente d'une bonne douche et d'un lit douillet, de s'endormir plein de rêves pour le lendemain. Bref, tes grands rêves se réaliseront un jour. En attendant, aime la vie, rie, joue, découvre et délecte-toi des petits bonheurs quotidiens. 

 

Merci ma chérie pour ce surplus de bonheur et pour ces joies d'enfance que tu as apporté dans notre maison. On se régale chaque jour du son merveilleux de tes rires et de ton regard pétillant sur la vie.

Je t'aime, 

Maman.

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